Les taxis-motos, pouls véritable de Bangui

Il faut avoir traversé Bangui à l’heure de pointe pour comprendre ce que représentent, réellement, les taxis-motos dans la vie de cette ville. Ils sont partout : rapides, disponibles à toute heure, capables de se faufiler là où aucun taxi classique ne s’aventure. Depuis une dizaine d’années, cette activité s’est imposée comme l’un des principaux moyens de transport de la capitale centrafricaine, au point de devenir, bien plus qu’un simple service, un pan entier de l’économie populaire.

Le constat mérite d’être dit sans détour : dans un pays où le sous-emploi touche massivement la jeunesse et où l’offre de formation professionnelle reste limitée, conduire une moto-taxi n’est pas un choix par défaut, c’est une stratégie de survie économique qui fait vivre des milliers de foyers, à Bangui comme à Bossangoa. Le trajet coûte entre 200 et 300 francs CFA selon la distance, une somme modique qui cache une réalité plus large : ce sont majoritairement des femmes qui recourent à ce mode de transport pour leurs déplacements quotidiens, faute d’alternatives fiables et abordables.

Il serait pourtant naïf de ne voir dans les taxis-motos qu’une success story de la débrouille. Les accidents, les tarifs parfois abusifs, l’absence de formation systématique des conducteurs et les mouvements de grève à répétition rappellent régulièrement la fragilité d’un secteur laissé largement à lui-même. Les tentatives de régulation — casque obligatoire, badge, gilet, immatriculation — sont nécessaires, mais elles ne suffiront pas si elles ne s’accompagnent pas d’un vrai dialogue avec des conducteurs trop souvent traités comme un problème d’ordre public plutôt que comme une force économique à part entière.

Bangui ne tournerait pas sans ses motos-taxis. Il serait temps de le reconnaître autrement que par des campagnes de contrôle ponctuelles, et de construire, avec les premiers concernés, un secteur à la fois plus sûr et plus digne.

Cela suppose de sortir d’une logique purement répressive, qui traite chaque mouvement de grève des conducteurs comme une simple nuisance à faire cesser plutôt que comme le symptôme d’un dialogue social absent. Cela suppose aussi d’investir, enfin, dans la formation à la conduite, dans l’entretien des routes qui rendent chaque trajet plus dangereux qu’il ne devrait l’être, et dans une régulation tarifaire pensée avec les conducteurs plutôt que contre eux. À défaut, Bangui continuera de dépendre, chaque jour, d’un secteur qu’elle persiste à ne considérer qu’à moitié.

Sources d’appui (à enrichir par le rédacteur de véritables témoignages) : DALOGÉO, « Taxis-motos : une réponse à la crise quotidienne de mobilité à Bangui », https://revuegeo-univdaloa.net/fr/publication/taxis-motos-une-reponse-la-crise-quotidienne-de-mobilite-bangui-republique ; RJDH, « Centrafrique : vers la réforme du secteur de transport des moto-taxis dans le pays », https://www.rjdhrca.org/centrafrique-vers-la-reforme-du-secteur-de-transport-des-moto-taxis-dans-le-pays/

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