Le football, un des derniers lieux où la Centrafrique se retrouve encore elle-même

Il faut le dire sans détour : dans un pays fatigué par les crises à répétition, le ballon rond reste l’un des rares endroits où les Centrafricains se rassemblent encore sans arrière-pensée. Que ce soit pour suivre les Fauves de Bas-Oubangui à l’approche des éliminatoires de la CAN 2027, ou pour s’enthousiasmer d’un centre technique entièrement dédié au football féminin à Liton, le sport continue de faire ce que peu d’institutions parviennent encore à faire dans le pays : donner un motif commun de fierté.

Ce constat n’a rien d’anecdotique. Dans une capitale où l’actualité récente oscille entre pénuries de carburant, inondations et tensions sécuritaires, il serait facile de réduire le football à un simple divertissement, un exutoire sans conséquence. Ce serait une erreur d’appréciation. Le sport structure des trajectoires de vie, offre des perspectives concrètes à une jeunesse nombreuse et souvent désœuvrée, et donne un cadre où l’effort, la discipline et le collectif priment sur les fractures du quotidien.

Un investissement qui doit rester cohérent

Encore faut-il que cet élan ne reste pas décoratif. Un centre technique flambant neuf, des présélections de joueurs, des ambitions affichées pour une Coupe du monde : tout cela ne vaudra que si les infrastructures annoncées sont réellement livrées, entretenues et mises à disposition des clubs locaux, et non réservées à quelques rendez-vous protocolaires. L’histoire récente du sport centrafricain compte assez d’équipements inaugurés en grande pompe puis laissés à l’abandon faute de budget de fonctionnement pour que la vigilance reste de mise.

Il serait tout aussi illusoire de croire que le football peut, à lui seul, réparer ce que des années de crise ont abîmé. Mais dans un contexte où la défiance envers les institutions est profonde, ce terrain-là garde une vertu rare : il continue de rassembler, dans les mêmes tribunes, des Centrafricains que tout, par ailleurs, semble parfois séparer. Ce n’est pas rien. C’est même, pour beaucoup, l’un des derniers fils qui tient encore.

Cette tribune reflète une analyse éditoriale et ne constitue pas un article d’information factuelle. Elle n’est attribuée à aucune personne réelle ou fictive nommée.

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