Vivre à Bangui dans le noir : une endurance qui ne devrait pas être une vertu

Il y a quelque chose de vertigineux à voir une capitale s’habituer à l’obscurité. Depuis des mois, des quartiers entiers de Bangui alternent entre pénuries d’eau et coupures d’électricité, parfois pendant plusieurs jours d’affilée. Le barrage de Boali, principale source d’énergie du pays, tourne à peine, ses pièces essentielles hors d’usage devant être fabriquées à l’étranger avant d’être acheminées, au prix de délais qui se comptent en mois. Faute de courant, l’extraction de l’eau de l’Oubangui est elle-même entravée, forçant nombre de familles à se rabattre sur l’eau des puits, avec les risques sanitaires que cela suppose, en particulier pour les enfants.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la panne. C’est la manière dont elle a fini par se fondre dans le décor. On s’organise, on stocke, on s’adapte, on plaisante même parfois de la situation à Bangui, comme si la résilience était devenue la seule politique publique disponible. Cette capacité d’adaptation force le respect, mais elle ne devrait en aucun cas être confondue avec une solution. Une capitale qui vit sans lumière ni eau courante de façon prolongée n’est pas une capitale qui « tient bon » : c’est une capitale dont les services essentiels ont cessé, depuis longtemps, d’être garantis.

Une résilience qui ne doit pas suffire

Les conséquences dépassent le simple inconfort domestique. Des maternités qui peinent à assurer des accouchements dans des conditions d’hygiène décentes, des commerces qui perdent chaque jour un peu de leur activité, des élèves qui révisent à la bougie : c’est toute une génération qui grandit avec l’idée que l’électricité et l’eau courante sont des luxes plutôt que des droits. Il est temps de refuser cette normalisation. La débrouille collective des Banguissois mérite d’être saluée pour ce qu’elle est, un exploit quotidien, mais elle ne peut ni ne doit dispenser quiconque de l’urgence à restaurer, durablement, des services de base dont dépendent la santé, l’éducation et l’avenir économique de toute une ville.

Sources : Connaissance des énergies / AFP, connaissancedesenergies.org ; Radio Ndeke Luka, radiondekeluka.org ; Corbeau News Centrafrique, corbeaunews-centrafrique.org.

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