Il y a quelque chose de presque provocateur à voir un simple championnat de quartier faire, en une matinée, ce que des années de discours n’ont pas réussi à accomplir : remettre une ville debout, ensemble, dans la même rue. Le retour du football local à Kaga-Bandoro, après des années de silence forcé, ne devrait pas être traité comme un fait divers sportif mineur. C’est un indicateur social de premier ordre, et il faut cesser de le regarder d’un œil distrait.
Le sport ne répare pas tout, mais il révèle beaucoup
On aimerait pouvoir dire que la reprise d’un championnat suffit à guérir une région marquée par l’insécurité. Ce serait naïf. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir ce que révèle l’engouement suscité par ce genre d’événement : une soif intacte de vivre-ensemble, une jeunesse qui n’attend qu’un prétexte légitime pour se retrouver hors du cadre de la peur, et des communautés locales qui savent encore s’organiser par elles-mêmes quand on leur en laisse l’occasion. Pendant que la sélection nationale s’enfonce dans une crise de résultats qui interroge la gouvernance du football centrafricain au plus haut niveau, ce sont les championnats de quartier, les sous-ligues, les terrains vagues aménagés à la hâte qui continuent, silencieusement, de faire tenir le tissu social.
Ce contraste devrait interpeller. Il est plus facile de financer une campagne de communication autour des Fauves que d’entretenir durablement les ligues locales qui, elles, produisent un effet tangible et immédiat sur la cohésion des populations. Pourtant, c’est bien à cette échelle que se joue une partie de la stabilité du pays : dans la capacité des habitants à se rassembler pacifiquement autour d’une cause commune, aussi modeste soit-elle en apparence.
Miser sur le sport de proximité n’est pas un supplément d’âme facultatif. C’est un investissement de fond, au même titre que la sécurité ou les infrastructures. Il serait temps que cette évidence cesse d’être une note de bas de page dans les priorités nationales.
[Ce texte est une analyse rédactionnelle non attribuée. Le rédacteur signataire pourra l’enrichir de témoignages et d’entretiens réels avant publication.]
