Bangui suffoque face à une pénurie de carburant qui s’installe dans la durée

Depuis près d’un mois, les files d’attente ne cessent de s’allonger devant les stations-service de Bangui. Conducteurs de motos-taxis, chauffeurs de taxis, automobilistes et transporteurs patientent parfois plusieurs heures dans l’espoir de faire le plein, rapporte Radio Ndeke Luka. Dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, la pénurie s’accompagne d’une flambée des prix : le litre d’essence s’y négocie désormais entre 3 000 et 5 000 francs CFA, voire davantage selon les localités, contre un prix officiel très inférieur en temps normal.

Face à cette situation, l’inquiétude grandit au sein de la population, qui dénonce le silence des autorités sur les causes exactes de la crise. Pays enclavé, la République centrafricaine reste structurellement exposée à ce type de difficultés d’approvisionnement, l’essentiel de son carburant transitant par les ports du Cameroun et du Congo avant d’être acheminé par la route jusqu’à Bangui.

Des saisies qui alimentent la controverse

Le 6 juillet, les autorités avaient présenté une cargaison de 160 000 litres de produits pétroliers saisis, qu’elles ont qualifiés de marchandise frauduleuse. Des importateurs concernés ont toutefois contesté cette qualification, affirmant que ce carburant ne provenait pas du marché noir et que les taxes dues à l’État avaient bien été acquittées, selon des informations rapportées localement. Ce différend illustre les tensions croissantes entre opérateurs économiques et administration autour de la chaîne d’approvisionnement en carburant.

Des députés centrafricains ont par ailleurs dénoncé, le 27 juillet, la flambée des prix du carburant, un sujet qui s’invite désormais dans les débats à l’Assemblée nationale, selon le Journal de Bangui. Le Fonds monétaire international avait, dans un rapport antérieur, déjà alerté sur les risques que ce type de pénurie fait peser sur l’ensemble de l’économie centrafricaine, très dépendante des transports routiers pour l’approvisionnement des marchés urbains et ruraux.

Sur le terrain, la pénurie touche aussi bien les particuliers que les professionnels du transport, dont l’activité repose presque entièrement sur l’essence ou le gazole. Les stations-service fermées ou à sec se multiplient à Bangui, notamment dans des quartiers comme Marabena, obligeant de nombreux usagers à se tourner vers le marché parallèle, où les prix pratiqués dépassent largement les tarifs officiels. Cette situation ravive les critiques récurrentes sur la gestion de la chaîne d’approvisionnement pétrolier du pays, régulièrement pointée du doigt par les institutions financières internationales comme un facteur de fragilité pour une économie déjà très dépendante des importations.

Sources : Radio Ndeke Luka (radiondekeluka.org), Journal de Bangui (journaldebangui.com).

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