À Mbata, petit village de la Lobaye, les ramasseurs de chenilles s’inquiètent. Il faut désormais parcourir plusieurs kilomètres de forêt pour rentrer avec une récolte dérisoire, alors que ce mets figure parmi les plus consommés du pays, selon un reportage relayé cette semaine par Radio Ndeke Luka. Une information brève, presque anodine au regard de l’actualité sécuritaire ou politique du moment. Elle mérite pourtant qu’on s’y arrête, car elle dit quelque chose d’essentiel sur ce que la République centrafricaine risque de perdre si elle continue à regarder sa forêt comme un décor plutôt que comme une ressource vivante.
La chenille n’est pas un aliment mineur. Riche en protéines, bon marché, transmise de génération en génération, elle nourrit des familles entières pendant la saison des pluies et fait vivre des filières entières de collecte, de transport et de vente sur les marchés de quartier. Sa rareté n’est donc pas un simple désagrément culinaire : c’est un signal d’alerte sur l’état des forêts centrafricaines, soumises à une pression croissante de la déforestation, de l’exploitation informelle du bois et du changement des régimes de pluie.
Il serait commode de réduire ce sujet à une anecdote de saison. Ce serait une erreur. Un pays qui laisse filer, sans inventaire ni suivi, les ressources qui nourrissent gratuitement une partie de sa population prend un risque silencieux mais réel sur sa sécurité alimentaire. La chenille, comme le poisson de rivière ou le gibier de brousse, appartient à cette économie de subsistance trop souvent invisible dans les statistiques nationales, et pourtant vitale pour des milliers de foyers ruraux qui n’ont pas d’autre filet de sécurité.
Protéger cette ressource ne suppose pas de grands discours : cela suppose des inventaires forestiers sérieux, une meilleure régulation de la coupe du bois autour des zones de collecte, et une attention politique enfin à la hauteur de ce que ces produits représentent réellement pour l’économie quotidienne des campagnes. Faute de quoi, ce qui se joue aujourd’hui à Mbata dans l’indifférence générale pourrait bien, demain, se répéter ailleurs, avec d’autres ressources et d’autres villages.
Ce texte est un commentaire d’analyse, non attribué à une personne réelle ou fictive. Il pourra être enrichi par le rédacteur de véritables témoignages recueillis auprès de ramasseurs, de commerçants ou d’experts forestiers.
Source : Radio Ndeke Luka (radiondekeluka.org), reportage sur la rareté des chenilles à Mbata (Lobaye).
