Il suffit de quelques minutes au bord d’un carrefour de Bangui pour le constater : motos qui remontent à contresens, taxis qui s’arrêtent où bon leur semble, priorités ignorées, casques absents. Cette indiscipline routière, banalisée à force d’habitude, tue et blesse chaque semaine, loin des grands titres de l’actualité sécuritaire ou politique. Elle mérite pourtant d’être traitée avec la même gravité.
Les autorités ont récemment engagé une campagne de démantèlement des barrières illégales sur plusieurs axes du pays, notamment autour de Yaloké, une initiative bienvenue pour fluidifier la circulation et limiter les rançonnements informels qui pèsent sur les usagers de la route. Mais s’attaquer aux barrières ne suffira pas si rien n’est fait, en parallèle, contre l’anarchie qui règne sur la chaussée elle-même.
Une affaire de responsabilité collective
Le problème ne se limite pas à un manque de moyens ou de personnel. Il tient aussi à une tolérance sociale généralisée envers des comportements que chacun sait dangereux : l’excès de vitesse dans des rues bondées, le refus du casque, le transport de passagers en surnombre sur les motos-taxis, moyen de transport devenu incontournable dans la capitale comme dans les villes de l’intérieur.
Faire reculer cette indiscipline suppose un effort combiné : contrôles réguliers et non ponctuels, sanctions appliquées avec constance, mais aussi campagnes de sensibilisation dans les quartiers, les écoles et les gares routières. Les accidents de la circulation, aussi tragiques que récurrents sur les grands axes du pays, ne devraient plus être traités comme une fatalité. Ils sont, d’abord, la conséquence de choix individuels et collectifs qu’il est encore possible de corriger.
Les faits divers récents rappellent l’urgence du sujet. Début août, une collision entre un camion et une moto a fait au moins cinq morts sur un axe du pays, tandis qu’un autre accident, impliquant un camion transportant de la terre, a coûté la vie à cinq personnes près de Gaga, dans l’Ombella-M’Poko. Ces drames, révélés à quelques jours d’intervalle par la presse locale, ne sont pas des cas isolés : ils s’ajoutent à une longue série d’accidents que l’on traite trop souvent comme de simples faits divers, sans interroger les causes structurelles qui les rendent possibles.
Il ne s’agit pas de désigner un coupable unique, mais de reconnaître que la sécurité routière est un enjeu de santé publique à part entière, au même titre que la lutte contre la maladie ou l’insécurité armée, et qu’elle mérite une politique cohérente et suivie dans la durée. Bangui ne peut pas attendre le prochain drame pour s’en souvenir.
Cette tribune reflète une position d’opinion et ne s’appuie, sur le plan factuel, que sur les deux accidents mentionnés, rapportés début août 2026 par la presse centrafricaine. Le rédacteur signataire est invité à l’enrichir de témoignages et de données chiffrées avant publication.
Sources (faits cités) : Journal de Bangui, « RCA : au moins cinq morts dans une collision entre un camion et une moto », 6 août 2026,
