Vendredi 7 août, à la rue des Sœurs, à Bimbo, un camion-citerne chargé de gasoil s’est renversé et a percuté deux buvettes installées en bordure de route. Le bilan provisoire fait état de plus d’une dizaine de morts. Une journée de deuil national a été observée ce mardi 11 août en mémoire des victimes. Au-delà de l’émotion légitime que suscite un tel drame, cet accident pose une question que la Centrafrique urbaine ne peut plus continuer d’esquiver : celle de la cohabitation, sur les mêmes espaces, entre axes de circulation lourde et commerces informels installés à même le bitume.
Les buvettes, gargotes et étals qui bordent les grands axes de Bangui et de sa périphérie ne relèvent pas d’un choix isolé et irresponsable de leurs tenanciers. Elles répondent à une logique économique implacable : c’est là que passe le monde, donc c’est là que se vend la bière, le café ou le poisson braisé. Mais cette même logique transforme chaque route à fort trafic, chaque tronçon emprunté par des camions-citernes ou des poids lourds miniers, en zone à risque permanent pour des commerçants et des clients qui n’ont, la plupart du temps, aucune barrière physique pour les protéger d’une sortie de route.
Une responsabilité largement partagée
Il serait trop simple de désigner un seul coupable. Les tenanciers de buvettes s’installent souvent faute d’alternative, sur des terrains non aménagés à cet effet. Les propriétaires de camions-citernes, eux, transportent des matières dangereuses sur des routes qui n’ont pas toujours été conçues, ni entretenues, pour ce trafic. Quant aux autorités municipales, elles peinent à faire respecter des règles d’urbanisme et de sécurité routière qui existent pourtant sur le papier, faute de moyens de contrôle suffisants.
Ce drame ne sera pas le dernier tant que ce triple constat ne débouchera pas sur des mesures concrètes : recul obligatoire des installations commerciales par rapport à la chaussée, contrôle technique renforcé des véhicules transportant des matières inflammables, aménagement de zones commerciales sécurisées en dehors des axes à forte circulation. Ce sont des choix d’aménagement modestes, mais dont le coût, comparé à celui d’une nouvelle tragédie, paraît dérisoire. La mémoire des victimes de Bimbo mérite mieux qu’une journée de deuil : elle mérite que la prochaine catastrophe annoncée soit, cette fois, évitée.
