Il y a quelque chose d’insupportable à voir, année après année, les mêmes appels à l’aide venir des terrains poussiéreux de Bangui. Cette semaine encore, une école de football de quartier, celle du « Port de Douala », a dû se résoudre à lancer un appel public pour obtenir de simples accessoires sportifs. Des ballons, des maillots, du matériel d’entraînement de base : rien de spectaculaire, seulement ce qu’il faut pour qu’un enfant puisse apprendre à jouer dans des conditions dignes.
Ce n’est pas un cas isolé. C’est le symptôme d’un pays qui célèbre régulièrement le talent de ses sportifs à l’export, mais qui peine à investir dans les infrastructures qui les ont vus naître. On s’enthousiasme pour une qualification en volley-ball ou pour l’espoir d’une première phase finale de Coupe d’Afrique des nations en football, tout en laissant les écoles de formation se débrouiller avec des bouts de ficelle. La sélection nationale elle-même ne dispose plus, depuis 2021, d’un stade homologué par les instances africaines. Si le sommet de la pyramide manque à ce point de moyens, que peut-on attendre de sa base ?
Une question de priorités, pas de moyens
Le sport n’est pas un luxe accessoire dans une société marquée par des années de crise. C’est un espace où la jeunesse apprend la discipline, la solidarité, le dépassement de soi, loin des tensions qui traversent par ailleurs le pays. Chaque terrain de quartier laissé à l’abandon est une occasion manquée de canaliser l’énergie d’une génération vers autre chose que l’oisiveté ou l’exode.
Il ne s’agit pas nécessairement de sommes colossales. Un partenariat avec une entreprise locale, une collecte associative, un geste de la diaspora suffiraient souvent à équiper durablement une école comme celle de Kpalongo. Ce qui manque, plus que l’argent, c’est une volonté collective de considérer le sport de quartier comme une priorité et non comme une variable d’ajustement. Tant que ce choix ne sera pas fait, la Centrafrique continuera de produire des talents malgré son système, jamais grâce à lui.
Cette tribune reflète une opinion et n’engage pas la rédaction dans son ensemble ; elle pourra être enrichie de témoignages réels recueillis par le rédacteur signataire.
