À Bangui, la file d’attente est devenue un mode de vie

Il faut avoir attendu deux, trois, parfois quatre heures devant une station-service de Bangui pour comprendre ce que la pénurie de carburant fait vraiment à une ville. Ce n’est pas seulement une question de litres ou de francs CFA. C’est une déformation lente du quotidien, qui oblige chacun à réorganiser sa journée autour d’une ressource qui devrait couler de source.

La scène s’est répétée cette semaine encore dans la capitale : de longues files de motos et de véhicules, des chauffeurs qui négocient, des vendeurs informels qui proposent le litre au marché noir à 1 700 francs CFA quand le tarif réglementé en promettait 1 250. La saisie récente de 160 000 litres de carburant présumé frauduleux, mise en scène par le gouvernement, ne change rien à cette réalité vécue par les automobilistes, les taximen et les mototaxis qui font tourner l’économie informelle de la ville.

La débrouille comme réponse, pas comme solution

Il faut le dire sans détour : à force de pénuries répétées, la population de Bangui a développé des réflexes d’adaptation impressionnants. Le marché parallèle, les réseaux de motos-taxis qui redistribuent le carburant au détail, les combines pour économiser un plein, toute cette ingéniosité collective mérite d’être reconnue. Mais elle ne doit surtout pas devenir un prétexte pour ne rien changer structurellement. La débrouillardise n’est pas une politique énergétique. Elle est le symptôme d’un système d’approvisionnement qui échoue, encore et encore, à garantir l’essentiel à ses citoyens.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets depuis trop longtemps : ruptures d’approvisionnement récurrentes, opacité sur la destination réelle des stocks saisis, absence de communication claire des autorités compétentes. Tant que cette chaîne ne sera pas assainie, les Banguissois continueront de faire ce que les villes en crise savent faire de mieux : tenir, patienter, s’organiser entre elles. Ce n’est pas un motif de fierté. C’est un rappel, chaque jour renouvelé au bord d’une station-service, de tout ce qui reste à construire.

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