des pluies : d’un côté, on accuse les habitants de manquer de civisme ; de l’autre, on pointe une mairie sans moyens et des services techniques dépassés. Les deux camps ont raison sur le fond et tort sur la forme, car ce débat, tel qu’il est mené, ne règle jamais rien.
Les faits sont documentés depuis des années par la presse locale : marchés envahis par les déchets ménagers, plastiques et parfois déchets médicaux, quartiers périphériques transformés en dépotoirs à ciel ouvert, écoles cernées d’ordures. Bangui, jadis surnommée « la coquette », a connu une urbanisation rapide et mal maîtrisée, avec un retard d’infrastructures — drainage, collecte, traitement — que la municipalité elle-même reconnaît sans toujours en tirer les conséquences opérationnelles.
Sortir du duel stérile
Le problème de ce débat en miroir, c’est qu’il dispense chacun d’agir. Le citoyen qui jette son sachet plastique au bord de la route peut toujours arguer que personne ne viendra le ramasser. La mairie qui manque de bennes et de personnel peut toujours arguer que la population salit plus vite qu’elle ne peut nettoyer. Résultat : les deux responsabilités s’annulent, et les tas d’ordures, eux, ne bougent pas.
Ce qui manque n’est pas un énième constat, mais une hiérarchie claire des responsabilités et un calendrier vérifiable. Une capitale ne se nettoie pas par incantation civique, mais elle ne se nettoie pas non plus sans que ses habitants changent, au quotidien, des gestes qui coûtent peu. Les deux exigences sont compatibles ; c’est même leur addition, et non leur opposition, qui a permis à d’autres villes du continent de sortir la tête de l’eau. Tant que Bangui continuera de choisir son camp dans une querelle qui n’a pas lieu d’être, la saison des pluies continuera, chaque année, de rappeler à tous que le sujet n’a toujours pas été traité.
