Chaque année, à la même saison, une partie de la République centrafricaine se remet au rythme de la forêt. Dans plusieurs régions du pays, les familles s’enfoncent un peu plus loin dans les massifs forestiers pour la cueillette des chenilles comestibles, une ressource alimentaire et économique que l’on a trop souvent tendance, depuis les villes, à regarder comme un folklore plutôt que comme ce qu’elle est réellement : un pilier discret de la sécurité alimentaire de milliers de foyers ruraux.
Ce rendez-vous saisonnier mérite mieux qu’un haussement d’épaules. Il faut le dire sans détour : la chenille n’est pas un aliment mineur. Riche en protéines, peu coûteuse à produire lorsqu’elle est bien gérée, elle constitue depuis des générations un complément nutritionnel essentiel dans un pays où l’accès à une alimentation suffisante et équilibrée reste, pour trop de familles, un défi quotidien. Réduire cette tradition à une curiosité culinaire destinée aux marchés de Bangui, c’est ignorer le travail, souvent harassant, de celles et ceux qui doivent chaque saison s’aventurer plus profondément en forêt pour espérer remplir leur panier.
Une ressource à protéger, pas seulement à consommer
Car c’est bien là que le bât blesse. Si les cueilleurs doivent aller toujours plus loin, ce n’est pas un hasard : c’est le signe d’une pression croissante sur des écosystèmes forestiers déjà fragilisés par la déforestation, l’exploitation minière artisanale et l’expansion des terres agricoles. Célébrer cette tradition sans s’interroger sur sa durabilité reviendrait à fermer les yeux sur un avertissement que la forêt centrafricaine adresse, saison après saison, à ceux qui en vivent.
Il est temps de sortir cette question du seul registre folklorique pour la traiter comme ce qu’elle est : un enjeu de souveraineté alimentaire et de gestion des ressources naturelles. Cela suppose d’accompagner les communautés qui vivent de cette cueillette, de mieux documenter l’état des populations de chenilles comestibles, et de penser, dès maintenant, des pratiques de récolte qui n’épuisent pas ce que la forêt donne encore, chaque année, à ceux qui savent l’écouter. Ce texte de commentaire pourra utilement être enrichi, par le rédacteur, de témoignages recueillis directement auprès de cueilleurs et de spécialistes des forêts centrafricaines.
