Tribune — L’insalubrité n’est pas une fatalité climatique

À Linga, dans la périphérie de Bangui, la saison des pluies a de nouveau fait déborder des quartiers entiers d’ordures et d’eaux stagnantes, au point que les notables locaux s’en émeuvent publiquement. Ce constat, rapporté cette semaine, n’a rien d’un accident isolé : chaque année, aux mêmes dates, le même scénario se répète dans plusieurs quartiers de la capitale et de ses environs. Il est temps de cesser de le traiter comme une fatalité météorologique.

La pluie ne fabrique pas les ordures ; elle les révèle. Elle rend visible, en quelques heures, ce qui s’est accumulé pendant des mois d’incurie partagée : des caniveaux jamais curés, des dépotoirs sauvages tolérés au coin des rues, une collecte des déchets qui ne suit pas le rythme d’expansion des quartiers périphériques. Réduire ce problème à une question de « civisme » individuel, comme on l’entend parfois, revient à demander aux habitants de compenser, par leur seule bonne volonté, l’absence d’infrastructures que les pouvoirs publics n’ont pas mises en place.

Cela ne dédouane pas pour autant les comportements individuels. Trop de riverains continuent de déverser leurs déchets dans les rigoles ou les terrains vagues les plus proches, faute d’alternative crédible ou par simple habitude. Mais un civisme sans outils reste un vœu pieux : on ne peut pas exiger d’une famille qu’elle trie ou stocke ses ordures s’il n’existe, à moins d’une heure de marche, aucun point de collecte fonctionnel.

La vraie question n’est donc pas de savoir qui blâmer, mais ce qui doit changer structurellement : un service de ramassage régulier et prévisible dans les quartiers périphériques, des caniveaux entretenus avant plutôt qu’après la saison des pluies, et des sanctions réellement appliquées contre les dépôts sauvages organisés, souvent plus destructeurs que l’incivisme diffus des ménages. Sans cela, chaque hivernage continuera de transformer un problème d’aménagement urbain en drame sanitaire annoncé — et chaque année, on s’en étonnera à nouveau, comme si de rien n’était.

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